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Le combat de la femme sahraouie dans l’exile, par Keltoum IRBAH (Sociologue)

17 09 2008

Le conflit qui perdure au Sahara Occidental a modifié les habitudes et la place de la femme sahraouie, et, dans cette phase celle-ci joue un rôle important tant au sein de la cellule familiale, l’appareil de production économique que dans les structures politico-administratives.
Les femmes occupent une place prépondérante, elles constituent dans une large mesure le pilier de la société et perpétuent les traditions du peuple sahraoui. Ce sont elles qui ont mis sur pied les premiers camps de réfugiés en 1976 et qui les administrent depuis lors ; elles gèrent plus de 80% de la vie administrative dans les campements et sont responsables de leur fonctionnement et de leur défense (1). Les femmes sahraouies sont présentes à tous les niveaux de la société, on les retrouve dans différents secteurs et champ d’activité: l’enseignement ; la santé ; la distribution des vivres ; la construction et l’agriculture. Par ailleurs, Elles sont représentées dans plusieurs sphères de la vie politique, aussi bien l’exécutif, le législatif que les relations extérieures. Ainsi, des femmes occupent des fonctions dans le corps diplomatique et représentent le Front Polisario à l’étranger, comme en Libye, au Danemark, en Allemagne, en Italie, et il y a peu de temps en Suisse.
Dépositaires des valeurs traditionnelles, elles attachent également une attention particulière à la question genre et veillent à ce que la parité soit intégrée dans des programmes politiques, et que la femme ne soit pas discriminée dans ses droits fondamentaux. Dans cette perspective, l’Union nationale des femmes sahraouies fut créée en 1974 afin d’encourager et développer la contribution des femmes aux différents projets d’édification nationale. L’idée principale est que la lutte de libération nationale ne peut être menée qu’avec toutes les composantes de la société sahraouie. Cette organisation a pour essence une revendication populaire, elle organise des conférences, des rassemblements, coordonne différentes activités culturelles et sociales ; depuis 1985, elle tient régulièrement des Congrès et publie des bulletins d’information mensuels (Ambition ; Etudes ; Recherches ; 8 mars).
Plus spécifiquement, ce mouvement a pour ambition la réalisation des objectifs suivants : sensibiliser les femmes sur leurs droits sociaux et politiques ; l’aider à améliorer ses connaissances sur le plan professionnel ; approfondir le rôle de la famille sur le plan éducatif en inculquant une éducation équitable entre les garçons et les filles. En outre, l’Union nationale des femmes sahraouies met en exergue l’importance de la solidarité internationale des femmes, en renforçant notamment des contacts avec des organisations féminines à travers le monde. Sur ce point, l’axe majeur consiste à créer des relations dans le domaine de la solidarité, l’échange d’expériences de manière à surmonter les difficultés qui portent préjudice à la liberté et à l’émancipation de la femme. Ces différentes initiatives ont eu un impact et cette organisation a participé à plusieurs manifestations internationales (2).

Si le Congrès est l’occasion pour la femme sahraouie de s’exprimer, il remplit aussi la fonction de cohésion sociale dans la mesure où il réunit de façon ponctuelle l’ensemble de la population réfugiée pour débattre de problèmes de société. À ce propos, Khadidja Hamdi, épouse du Président de la RASD (3), est très active dans le domaine associatif, elle milite pour la condition de la femme et travaille au ministère de la Culture.

Le respect du principe de l’émancipation de la femme a toujours été présent dans le programme d’action nationale du Front Polisario, ce dernier s’étant dès le début engagé à établir les droits politiques et sociaux de la femme. Il s’agit d’instaurer des droits qui prévalaient dans la période précoloniale, époque durant laquelle la femme sahraouie bénéficiait d’une grande liberté. En effet, dans la société pastorale nomade, les hommes étaient contraints de s’absenter durant de longues périodes pour assurer la transhumance des troupeaux et acheminer les marchandises à travers le désert. Dès lors, les femmes devaient faire face à toutes les tâches de la vie quotidienne et se trouvaient investies de responsabilités. Sous la tente, la femme sahraouie est aujourd’hui toujours souveraine de son espace, elle gère celui-ci de manière très autonome sans subir aucune contrainte de l’extérieur. Des relations d’égalité prévalent entre hommes et femmes, tout repose sur un sentiment de confiance. Elles bénéficient de nombreux droits, par exemple lorsqu’elle se marie la femme sahraouie ne prend pas le nom de son mari ; d’autre part, selon le code de la famille une femme peut demander le divorce, une fois divorcée elle peut se remarier sans difficulté. Trois mois après que le divorce ait été prononcé, la femme sahraouie organise généralement une fête avec sa famille et ses amis pour inaugurer le début d’une nouvelle vie. Il faut souligner, par ailleurs, que la femme sahraouie a toujours conservé une grande féminité, autant en période de guerre que lors des travaux les plus laborieux dans les campements de réfugiés. C’est le vêtement traditionnel de la femme sahraouie, le malfa, qui témoigne de son appartenance à la gent féminine, le port du malfa est obligatoire, les femmes sahraouies sont tenues de le porter à la puberté, comme le souligne une jeune femme sahraouie : « Le malfa ce n’est pas la religion c’est l’habitude. » (4)
De manière générale, dès 1978, période du conflit, les femmes ont été amenées à occuper de nombreuses foncti ons et responsabilités au sein des daïra (5). Elles ont pris en charge l’organisation de la vie quotidienne mais également l’orientation politique et culturelle à travers des instances telles que : l’Union des femmes, le Conseil national, l’Union des jeunes, l’Union des travailleurs. Les femmes sahraouies ont pu de cette manière acquérir une grande expérience tant au niveau politique, social et culturel. Enfin, il convient également de mentionner que le taux d’instruction chez les femmes sahraouies est élevé et avoisine les 95% : l’enjeu une fois l’indépendance acquise sera donc de maintenir et d’améliorer les droits acquis. En effet, le nombre de parlementaires et de ministres femmes est assez faible par rapport au rôle que ces dernières jouent dans la société et à l’opiniâtreté dont elles font preuve face aux vicissitudes de l’exil ; aussi mériteraient-elles une plus grande participation sur la scène politique. Des progrès restent par conséquent à accomplir dans ce domaine pour que la femme sahraouie obtienne une plus grande reconnaissance de ses droits, elle pourrait dès lors faire figure d’exception dans le monde arabe.

Septembre 2008

Notes
L’annexion du territoire en 1975 a contraint une grande partie de la population sahraouie à s’exiler.
À titre d’exemples, nous pouvons citer la Conférence des Nations Unies sur la femme à Copenhague en 1980 ; la Conférence mondiale à Pékin en 1995 ; la Conférence des ONG féminines africaines sur la communication au Kenya en 1996 ; le colloque mondial de la femme et l’édification de la paix en novembre 2000 ; le sommet africain sur la femme à Alger en 2001.
République Arabe Sahraouie Démocratique.
Propos recueillis auprès d‘une jeune femme sahraouie au campement d’Aousserd.
Unité administrative correspondant à une commune.


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